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Editorial

Les expos de l'été (1/2).
Jeudi 4 août 2016
Par Denis Beau

Comme chaque été en rentrant de Venise (remarquable monographie de Sigmar Polke au Palazzo Grassi) je profite du calme parisien pour visiter les expositions en cours.
J'ai pu ainsi découvrir l'étrange bestiaire du peintre russe Eugen GABRITSCHEVSKY à la Maison Rouge. Scientifique de formation né dans un milieu cultivé il partira à NewYork poursuivre ses études en 1925 mais de retour en Europe victime graves troubles psychologiques il sera interné en 31 jusqu'à sa mort 40 ans plus tard.
Il ne cessera de peintre comme une forme de thérapie sur les supports dont il dispose (papier photo ou journal...) à l'aquarelle et surtout à la gouache un monde imaginaire d'étranges animaux, des scènes de théâtre au décor fantastique ou des êtres humanoïdes qui nous font penser à ET.
Malgré la relative uniformité des formats de taille modeste et de la techniques ainsi qu'une palette de couleurs généralement chaudes le parcours de l'expo est captivant avec de nombreux chocs ou, attiré par la beauté de la composition, on pénètre dans son univers onirique fasciné par la représentation mentale.


PS. On peut aussi voir après d'autres étranges animaux ou créatures animées du plasticien Nicolas Darrot dont l'univers mi-surréaliste mi-science fiction nous donne à penser sur l'humain et ses rapports manipulateur avec les animaux. C'est ludique et dérangeant à souhait mais il faudrait idéalement ne pas faire les deux à la suite.
Jusqu'au 18 septembre.

Les expos de l'été (2/2): le Palais de Tokyo.
J'avais repéré à la dernière Biennale l'Argentine Mika ROTTENBERG avec une longue video "Nonoseknows" ou dans un lieu étrange et profond des chinois manifestement exploités cultivent des huîtres perlières tandis qu'au dessus une femme éternue sans cesse des plats préparés de pâtes ou autre nourriture le tout ponctué de la vision d'une minuscule salle ou explosent d'énormes bulles de savon histoire de mettre un peu de poésie dans un monde sans dessus dessous...
La revoir ici confrontée avec d'autres de la même veine (un homme qui éternue des lapins vivants ou des côtes de bœuf ) conforte la puissance de son imaginaire qui dénonce la marchandisation des corps, l'aliénation/célébration de monstre dans un monde de chausse-trapes où il ne fait vraiment bon vivre. Et cependant avec beaucoup d'humour.


Toujours au Palais de Tokyo l'installation de Marguerite HUMEAU interroge sur l'apparition de la parole dans un vaste bestiaire d'éléphants blanc réagissant à la mort du patriarche. C'est simple, beau et dérangeant.




Et un petit coup de cœur pour les délicates forêts de Francoise PERRONNO, minuscules dessins sur verre qui se projettent sur le mur.



Ma rentrée à la Philharmonie de Paris
Lundi 19 octobre 2015


Avec un peu de retard j'ai repris le chemin de la Porte de Pantin ce lundi pour écouter la 3ème symphonie de Gustav Mahler dirigée par Franz Welser Möst à la tête de son orchestre de Cleveland. Et ce fut un enchantement tant par l'exceptionnelle beauté de l'orchestre (solo de trombone, cuivres et percussions) que par la direction élégante et raffinée de ce chef mal aimé. C'est sans doute ce contraste entre splendeur rayonnante et maîtrise qui donne toute sa force à cette interprétation mémorable ou la musique est triomphante.
L'ample et majestueux 1er mouvement évoque bien le frémissement impressionniste d'une nature que viendront ensuite peupler les fleurs sur fond de menuet puis les animaux dans un scherzo plein de contrastes (malgré, peut-être, un léger manque de sarcasme).
La belle voix chaude et le style de la mezzo Jennifer Johnston (merveilleusement accompagnée par le 1er violon) introduit presque douloureusement l'homme dans cette nature panthéiste.
L'arrivée des anges est malheureusement moins heureuse (maîtrise et chœur ne sont pas au niveau de l'orchestre) et au lieu de monter au ciel nous descendons dans un prosaïsme que seule la mezzo sauvera.
Du coup le début du final semble un peu lourd mais dans les deux grandes apogées on retrouve toute l'élégance sereine du début.
Quant à l'acoustique elle sert parfaitement cet immense orchestre dans sa démesure comme dans ses raffinements. Toujours au 4ème rang de parterre nul défaut mais seulement le plaisir d'entendre l'orchestre s'épanouir dans cette vaste salle.
Un de mes amis qui découvrait la Philharmonie à cette occasion me faisait remarquer que cela sonnait mieux que sur (l'excellente) chaîne que je lui ai vendu…
Je lui ai bien sûr proposé de l'améliorer ....mais tout en sachant l'impossibilité de remplacer l'émotion du concert.
Deux jours plus tard je retrouvais l'Orchestre de Paris dirigé par Esa Pekka Salonen dans un programme entièrement consacré à Bartok.
Je persiste à penser que la version concertante de la "sonate pour deux pianos et percussion " lui fait perdre beaucoup de mystère et de rythme et semble gommer les effets de résonance des percussions.

Et puis, première vraie réserve sur l'acoustique de la salle ou j'entendais pour la 1ère fois du piano, les 2 pianos très complices et dynamiques des sœurs Labèque semblaient un peu lointains et parfois couverts par les belles percussions (Camille Baslé et Éric Sammut) placées juste derrière et pourtant
jamais tonitruantes.
Le Concerto pour Orchestre qui suivait mettait bien en valeur la qualité des différents pupitres qui ont atteint un excellent niveau (clarinettes, hautbois, violoncelles....) et j'ai apprécié le choix de Salonen (très familier de ce répertoire et très complice avec les musiciens) de privilégier le tragique de l'œuvre plutôt que son côté virtuose.
Une légère réserve cependant sans doute à cause de la comparaison avec l'orchestre de Cleveland qui nous avait transporté l'avant veille sur des sommets de musicalité.

Denis Beau, le studio Hifi à Versailles.



Auditorium de la Fondation Louis Vuitton


Invité par la revue Classica, j'ai eu le plaisir de découvrir la belle acoustique de l'auditorium de
la Fondation lors de la présentation des programmes de Radio Classique.
Le violon de Tedi Papavrami en solo pour Isaïe et Paganini sonne avec précision mais sans dureté et la légère
réverbération ne gomme pas l'incarnation et la merveilleuse sonorité de son Stradivarius (prêté par LVMH).
Avec le piano du jeune américain (23 ans) d'origine anglo-taïwanaise Kit Amstrong le plaisir est encore
plus grand : on a la présence et la netteté d'un studio mais avec le déploiement dans l'espace que permet
habituellement une grande salle.
Et quelle belle idée de jouer (avec beaucoup de poésie) les "Jeux d'eau à la villa d'Este" devant la superbe
cascade en escalier que l'on peut contempler pendant l'écoute en arrière plan.
Certes il est plus facile de réussir une salle de 350 places mais à ce point d'esthétique visuelle et sonore je dis bravo !...


Et pour finir un petit mot de l'exposition "Pop et Musiques" que j'ai parcourue un peu vite
avec de nombreuses vidéos (Parreno, Douglas Gordon et surtout Christian Marclay avec "Crossfire"
4 écrans projetant de brefs extraits de film avec des coups de feux) et une sélection de très belles œuvres
autour de "l'axe popiste" de Wharol, Basquiat et au delà ( Gursky Sturtevant, Richard Prince etc... ).
A (re)voir jusqu'à fin décembre.
Denis BEAU.


Un petit billet :
Philharmonie "2".
Après quelques très beaux concerts à la Philharmonie 1 j'ai retrouvé naturellement le chemin
de la Cité de la Musique pour le récital du baryton Christian Gerhaher ce vendredi.
Il y avait très longtemps que je n'étais allé dans cette salle à l'acoustique idéale pour
des petites formes mais puisqu'il faut maintenant aller au bout du monde pour entendre
de la musique dans de bonnes conditions il était tentant d'y revenir.
Le programme Mahler ( Lieder eines fahrenden Gesellen, Kindertotenlieder ainsi que des extraits
du Knaben Wunderhorn) correspondait à mon pinacle du lied et même si l'accompagnement au piano
nous prive des merveilleuses couleurs de l'orchestre mahlerien le jeu vivant et contrastée
de Gerold Huber parvient assez bien à nous le rappeler, la mémoire faisant le reste.
Le timbre aux multiples couleurs de Gerhaher et sa technique vocale d'un extrême raffinement
sont en parfaite complicité avec le piano. Mais c'est sans doute sa diction sans failles
distillant chaque mot comme un joyau de poésie qui confère à son interprétation une profondeur
et une émotion rare sans nuire à l'esprit populaire de ces Ländler.
Ce naturel et cette compréhension du texte accroissant encore le sentiment de douleur
des Kindertotenlieder sans pathos ajouté.
Une très belle leçon de chant dans l'écrin de cette Philharmonie "2" que l'on retrouvera
avec plaisir pour l'intégrale des quatuors de Shostakovich la saison prochaine (il ne reste
déjà plus beaucoup de places).
Denis Beau.


Palais de Tokyo.
Amateurs d'art contemporain, la poésie est au rendez-vous de la nouvelle présentation
de ce lieu privilégié.
Champs magnétiques d'abord avec les sculptures de Takis (né en 1925) grands
totems de métal comme en balancement qui semblent nous interroger sur leur
propre présence. Et puis ces panneaux sonores qui diffusent une musique
aléatoire venue d'un autre monde... Ou des toiles monochromes dont la surface
est aspirée par des aimants.
Le bord des mondes est un parcours dans l'art actuel radicalement différent du
précédent accrochage : poésie et air du temps avec en tout premier les
merveilleuses machines du hollandais Theo Jansen qui marchent sur le sable
poussées par le vent. Le capteur du bruine (Carlos Espinosa) est de la même
veine écolo-poétique ainsi que ces paysans turques qui parlent en langage
"oiseau".
De même les macro-photographies de larmes comme une cristallisation de l'émotion
ou les inventions (Chindogu ) inutiles mais pleines de non-sens de Kawakamî.
Enfin la vidéo de cette ville en brique de sable qui nait et meure sans autre
raison que le temps qui passe (Clement Richem).
Toujours en questionnant notre rapport au monde et à la nature l'art
contemporain sait aussi être léger comme les nuages capturés par Marie-Luce
Nadal.
Denis


La Philharmonie de Paris accueille le Philharmonique de Berlin.

J'étais comme la fois précédente au 4ème rang de parterre plutôt à gauche pour ce programme
composé d'une courte pièce "Tableau" de Lachenmann et de ma symphonie préférée,
la 2ème de Gustav Mahler dirigée par Sir Simon Rattle.
Disons le d'emblée je n'ai jamais entendu un orchestre sonner aussi bien (mon souvenir
du Concertgebouw est fort lointain et j'étais sur l'arrière ).
La lisibilité des différents pupitres est totale malgré une très légère projection des cuivres,
le chant du cor anglais ou des hautbois est bouleversant, les violons (mais je devrais dire
"le" tant ils sont ensembles) tantôt chantent avec douceur puis crient avec les flûtes et hautbois.
Et les percussions rayonnent enfin dans ce bel espace.
La direction de Rattle est toute en puissance avec des accélérations et des contrastes saisissants
mais jamais gratuits sans oublier le sarcasme du scherzo et l'extrême ferveur du final.
Seule la mezzo Magdalena Kozena est un peu à la peine et même à la limite de la justesse dans
le grave alors que Kate Royal est angélique et le chœur de la radio néerlandaise somptueux avec
des pianissimi subtils et un pupitre de basse somptueux.
Ainsi tout au long de cette œuvre tant aimée l'émotion fut presque constante grâce à ces musiciens
hors pair magnifiés par cette salle qui est en tous cas la meilleure de Paris (pour une telle
formation et à condition d'être très bien placé).
Denis Beau


Philharmonie de Paris suite :

Mon premier vrai concert ce jeudi 22 janvier avec l'orchestre de Paris m'a permis de mieux
apprécier les qualités acoustiques de cette salle.
Changement de place (4ème rang du parterre au lieu du 1er rang du 1er balcon) et/ou quelques
réglages et apprivoisement par les musiciens, toujours est il qu'une merveilleuse sensation
d'ampleur et d'homogénéité s'installe dès le début du concerto de Tchaikovsky.
Le boisé des cordes, la lisibilité de la petite harmonie et bien sur le merveilleux violon
de Janine Jensen sont totalement convainquant.
Pour la 5ème de Chostakovich c'est encore plus évident : les percussions sont présentes
sans excès, timbales et grosse caisse profondes et la cymbale rayonne comme jamais à Pleyel.
Les cuivres sont puissants mais pas trop projetés, le solo de flûte parfait et le piano dense
malgré sa position lointaine. Reste peut être une très légère dureté dans le haut du spectre
(extrême aigu du violon) et une perception des cors décalée vers la gauche de la scène.
Mais ce ne sont que de légers détails.
Le fait que les fauteuils du parterre et les musiciens soient en gradin permet de concilier
proximité et visibilité de l'ensemble de l'orchestre pour un plaisir musical total et participe
sans doute aussi à la lisibilité et l'ouverture sonore.
Quant à l'interprétation, elle a comblé mes attentes dans cette symphonie que j'apprécie tant.
L'orchestre était à son meilleur depuis longtemps.
Si cela se confirme (2ème de Mahler avec Berlin) il va falloir s'habituer à aller dans le 19ème arrondissement.
Denis
Envoyé de mon iPhone




Adieu Pleyel (03/01/2015)
Ce samedi j'ai assisté à mon dernier concert à la Salle Pleyel.
Je n'y avais pas prêté attention mais le choix du récital de Patricia Petibon s'est avéré excellent pour
atténuer la tristesse de quitter ces lieux que je hante depuis près de 50 ans (eh oui !) pour mon plus
grand plaisir.
Suivant le programme de son dernier disque "La Belle Excentrique" (ce nom lui va si bien) autour
d'Eric Satie avec la forte complicité de la pianiste Susan Manoff mais aussi du violoncelliste CP La
Marca, du violoniste N. Radulovic et l'élégant percussionniste F. Verly nous sommes passés de la
légèreté à la mélancolie dans une mise en espace très féerique due à Olivier Py (aussi chanteur à
plusieurs reprises).
Tous ces excellents musiciens devenant acteurs d'un spectacle de Music-hall aux accents fantasques
alternant Poulenc, Rosenthal et R. Hahn avec Satie et même Léo Ferré.
La voix de Patricia Petibon se prête bien à ce jeu aux frontières du classique et son talent d'actrice
nous amuse (grenouille de la statue de bronze, éléphant du jardin des plantes) puis nous fait verser
une larme (Spleen, les chemins de l'amour) d'autant que l'on vit les derniers jours de cette salle
mythique.
Reste à espérer une acoustique de rêve pour que la Philharmonie nous fasse
oublier Pleyel (et l'accès à la porte de Pantin, parole de Versaillais je vous l'accorde).
Denis Beau